Le terroriste, les jeux vidéo et le grand méchant Internet.

Ça n’a pas manqué… Comme à chaque fois on y a eu droit. À peine les élucubrations et les rapprochements faciles entre le massacre d’Oslo et les arabes intégristes musulmans terminé, on a eu droit au discours sur le grand méchant internet et les dangereux jeux vidéo. Avec comme à chaque fois les mêmes approximation, la même vision déformé et le même objectif politique : désigner un coupable sur qui taper plutôt que de réfléchir.

Premier coupable : Internet, le cinglé en question aurait eu accès à des textes politiques sur Internet et ce serait construit un idéologie à partir de ceux ci… Quel crime! Quel abominable crime! Permettre à n’importe qui de se construire une vision politique de la société est absolument un crime impardonnable n’est-ce pas? C’est surprenant comment en changeant légèrement l’angle de vision de sujet le problème change radicalement de signification. Certes les doctrines et actes promus par ce genre d’écrit sont fondamentalement abject et innommable mais en quoi il faudrait y voir la responsabilité d’Internet? Le danger vient-il d’Internet ou des gens? Qu’il y ait des cinglés qui professent des insanités sur Internet c’est exact mais en présentant Internet comme coupable ou rate complétement le problème. Le problème n’est pas qu’il y ait un outil qui permette d’y avoir accès. Le problème est que des gens les écrivent, que d’autres les lisent et les gobent. Le problème ce sont les personnes qui sont au bout pas le moyen. On est en train de confondre l’outil et la cause, c’est totalement absurde et ça témoigne d’une capacité d’analyse plutôt limité. Car on peut pousser ce raisonnement plus loin aussi. Après tout ça fait des siècles que les livres permettent au plus grand monde d’avoir accès à des écrits monstrueux (de mémoire je citerais Mein Kampf par exemple). Alors qu’est-ce qu’il faut faire? Surveiller, contrôler, filtrer tout ce qui concerne l’écriture et la lecture des livres? C’est dans une certaine mesure effectivement le cas; On peut, relativement, facilement faire interdire un livre, c’est exact. Mais cette procédure s’attaque justement à la source, à l’écrit lui-même, qu’un juge indépendant aura déclaré contraire à la loi. Elle ne s’attaque pas au moyen d’accès, elle ne s’attaque pas à l’ensemble du système qui permettent à un citoyen d’accéder au livre qu’il veut quand il le veut. C’est une différence énorme.

Deuxième coupable : Les jeux vidéos, alors là on touche vraiment au grand n’importe quoi. «Les jeux vidéos banalisent l’usage de la violence», mais bien sur et la violence quotidienne de notre société elle n’y serait pour rien peut-être? Les étalages caricaturales des pires formes de violence criminelle dans la moindre série policière n’y serait pour rien peut-être? Du grand n’importe quoi! C’est l’intégralité de notre société qui est violente quoi que l’on en dise. Dans ce contexte qu’un cinglé use donc d’une violence extrême n’est en rien surprenant. Surtout que en ce qui concerne la banalisation de la violence certains discours politiques ne sont pas des plus exemplaires, et non je ne parle pas particulièrement de l’extrême droite (je pense notamment à celui ci). Que des gens prononçant ou soutenant ce genre de discours cherchent ensuite à donner des leçons sur la banalisation de la violence je trouve ça d’une honnêteté intellectuelle douteuse. Certes on peut trouver ici ou là des exemples d’addiction ou de déni de la réalité de joueur compulsif mais le problème ici n’est en rien le jeux vidéo, encore une fois ce n’est qu’un moyen par lequel s’exprime un problème particulier. Ils ne sont pas plus responsable que le marteau que votre voisin a utilisé pour défoncer le crâne de sa femme. Un gamin qui cherche à fuir la réalité en se plongeant dans les jeux vidéos a un problème on est d’accord mais pas un problème de jeux vidéos. L’important est de chercher pourquoi ce besoin de fuir pas de s’attaquer au moyen qu’il utilise.

Le plus inquiétant dans cette histoire c’est ce que ça révèle plus que le contenu lui même. Alors que ce genre d’événement devraient nous amener à nous poser des questions sur la place de la violence dans nos sociétés, sur le rôle que joue la récupération des idées d’extrême droite par une droite adepte du populisme fascisant, on préfère véhiculer l’image facile d’un coupable. Que certains discours politique abuse de cela est déjà en soi inquiétant mais que les médias se fasse le relais d’une telle bêtise est plus inquiétant. Alors que ce sont eux les premiers qui devraient prendre du recul, réfléchir, analyser les problèmes et se poser les questions, les journalistes ne font que relayer  commentaires et petites phrase. C’est une excellente illustration de l’adage : «Là ou la communication progresse, l’information régresse» et l’information pour qu’une démocratie fonctionne est fondamentale. Quand l’information s’enrhume c’est toute la démocratie qui est malade.